
Nous seuls
Un premier roman québécois signé par une nouvelle plume des plus inspirées, Nous seuls
est une histoire d’amour qui se décline en plusieurs teintes brûlantes.
Le quatrième de couverture reste volontiers elliptique quant aux
péripéties qui ponctueront le parcours de Judith et Antoine, deux
amants qui se retrouvent après une absence de neuf ans (Judith s’est
enfuie à New York après une aventure d’un soir de son amoureux,
finira-t-on par apprendre) et tentent de recoller les pièces du puzzle.
Là où on aurait pu attendre une huis-clos romantique, peut-être parsemé
de quelques déchirements (impossible d’annihiler neuf ans de vie),
Emmanuel Kattan nous fait basculer dans un tout autre univers où la
jalousie occupe un rôle de premier plan. « Ma jalousie est comme une Rome sinistre, misérable, à laquelle mènent, inexorablement, tous les chemins de ma conscience. »
L’action
est contée fort habilement, en couches successives qui finissent par se
rejoindre, à travers le journal de Judith et la voix d’un narrateur
omniscient qui se plonge tantôt dans l’esprit d’Antoine, prend une
distance par rapport aux événements ou nous relate le point de vue d’un
témoin. Si on sent rapidement que le couple se déchirera, Emmanuel
Kattan nous mène de main de maître dans un dédale de pièces sombres où
l’amour, la haine, l’amitié, la colère, la passion, la folie se
côtoient. Un troublant portrait de couple et de son entourage qui
s’efface (je n’en dirai pas plus) au fil des pages, qui bascule nos
repères, nous force à lâcher prise, nous hante. Superbe!

