
La gueule du loup
Elle a 28 ans, lui 30 de plus. Elle habite le Québec, lui la Belgique.
Leurs routes se sont croisées dans Internet (on ne saura jamais
comment). Ils ont entamé une relation épistolaire qui s’est muée en
grand amour. On peut imaginer que des dizaines, des centaines de
courriels ont été échangés avant qu’ils ne décident de se rencontrer «
pour vrai ». « Le commun des mortels ne pouvait saisir la pureté, la fougue et la démesure de tels sentiments. Nous avions déjà fait mille fois l’amour avec les mots de l’autre. Nous nous étions cajolés par l’entremise du verbe et cela ne suffisait plus. » (p.12) Il lui paie un billet
d’avion et elle s’apprête à découvrir le plat pays aussi bien que
l’homme de sa vie. Roman à l’eau de rose, navrant de banalité? Les
illusions seront de courte durée. Dès les premiers instants, la
narratrice sait que cela ne fonctionnera pas. « Cette histoire se révélait navrante depuis que le mauvais sort l’écrivait à ma place, au mépris de mes lubies épistolaires. » (p.
25) Malgré tout, elle s’entête et restera pendant deux semaines,
découvrant peu à peu un homme aigri, devenu l’ombre de lui-même,
torturé par les regrets et rongé par la maladie, mais sous lequel elle
retrouve des pans de celui qui a su la faire vibrer par les mots.
Nadia Gosselin signe avec ce premier roman un curieux conte pour adultes pas
trop sages, dans lequel la Belle devient la Bête, le Petit chaperon
rouge endosse l’habit du loup et Alice ne découvre pas le pays des
merveilles mais les dessous d’Internet. En surface, il ne se passe
presque rien: courses au supermarché, les visites médicales, les repas
pris ensemble, les tentatives fort maladroites de rapprochement
physique. Pourtant, grâce à la plume habile de Gosselin, on se laisse
happer par cette histoire, en apparence morte-née, et on assiste,
témoin impuissant, à un curieux voyage intérieur. Par moments, on
hésite entre hurler à la narratrice de rentrer chez elle et une
fascination de zoologiste pour ces deux loups atypiques – mais le
sont-ils tant que ça, finalement? – qui voudraient bien se laisser
apprivoiser mais qui ont oublié comment.
Malgré quelques
lourdeurs stylistiques, quelques incohérences (l’histoire est narrée
dix ans après l’« aventure », ce qui reste improbable quand on
considère l’état des communications Internet il y a dix ans à peine) et
un clin d’oeil un peu forcé du destin à l’avant-dernier chapitre, j’ai
pris un plaisir certain à cette lecture et surveillerai avec intérêt le
prochain roman de l’auteure.
Nadia Gosselin, Dans la gueule du loup. Guy Saint-Jean Éditeur.


Ce commentaire de lecture me donne le goût de le lire, c’est si près de la réalité de nos jours. Il ne faut pas se fier aux apparences semble un peu ce qui y est démontré ici. Je retiens le titre.
J’ai lu ce livre te j’en suis aussitôt tombé sous le charme car, oui, de nos jours, plusieurs personnes flirtent sur Internet en se laissant désirer. En lisant le texte de l’autre, on l’imagine d’une telle ou telle manière, on ne cesse de rêver de cette personne et on lui donne toutes les qualités. Rares sont ceux qui traversent les frontières pour aller rencontrer l’être cher. Et voilà, c’est avec ce roman que l’on frappe de plein fouet … la réalité. Magnifique roman, vraiment.. j’adore !
Interessante Informationen.
Ce qui est bien dans ce genre d’écriture littéraire, c’est la réflexion profonde, et même parfois obscure, qui nous emmène à mieux comprendre la vie mais, surtout, l’humain dans toute sa complexité.
L’essence même de la vie est l’amour. Pour cette raison, nous le recherchons tous, et à défaut de le trouver, nous l’inventons à partir de l’enfant en soi.
Pour avoir lu plus d’une fois « La gueule du Loup », ce que j’en retire comme écho, c’est le côté franc de la naïveté d’une âme en quête d’amour. Nous ressentons cette volonté très candide d’y croire. Toutefois, la nature de ce qu’est l’amour nous ramène rapidement à l’ordre. L’amour vrai ne s’invente pas, et l’esprit ne peut le faire éclore à lui seul, pas plus que le corps ne peut y parvenir. Il existe dans l’amour une essence très mystique que l’auteure arrive à nous communiquer. Le coeur va bien au-delà de l’esprit et du corps.
Par ailleurs, il y a plusieurs années j’ai lu du même auteur le recueil de poésie « Sensualité et autres futilités refoulées », et j’ai vite compris que cette grande dame ne fait pas juste griffonner de simples histoires. Nous éprouvons à travers sa poésie une détonation saisissante lorsque celle-ci nous atteint et nous transporte de mots en mots à travers sa propre soif d’amour, mais surtout, de façon très soutenue du début jusqu’à la fin, de son incommensurable désir de sensualité qu’elle allonge à travers chacun de ses mots pour y laisser verser candidement l’intensité tant refoulée en elle.
J’ai d’ailleurs croisé l’auteure au Salon du livre la semaine dernière et, d’un seul coup, le souvenir plus qu’agréable de cette lecture m’est revenu. Merci du partage, Un lecteur.
Tout le plaisir est pour moi, Lucie!
P.s. : J’ai moi-même déjà croisé l’auteure à une rencontre littéraire. Une personne tout à fait charmante.