
Au passage
Ces brèves nouvelles sont dix-sept incursions dans le coeur de Québec mais surtout au cœur de la poésie. Poésie, pas tant par le style que par les situations, les mises en place des personnages qui déambulent, aériens, touchant à peine le sol. J’ai éprouvé une sensation d’irréalité par les ambiances, un contraste intéressant avec le style qui détaille avec une précision d’horloger.
Dès la première phrase, nous sommes là où l’histoire va se passer. L’auteur a ce talent, et heureusement, puisque ces nouvelles sont extrêmement brèves. On a vraiment l’impression de se laisser conduire par un auteur qui sait où il s’en va. Phrases et paragraphes se découpent, battant une rythmique ordonnée et posée. Toutes ces qualités remarquables pour mener une histoire du point A au point Z ont un revers, arrivés au point Z, il nous a semblé, parfois, qu’il y manquait une petite information. Avions-nous lu trop rapidement, échappant le petit indice qui éluciderait le mystère ? Ou, simplement, le mystère nous était généreusement offert afin qu’on l’élucide soi-même. Un incipit devant la nouvelle « Point d’orgue » corroborerait mon hypothèse :
« Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié »(Voltaire)
Un mystère poétique certain se dégage et malgré certains dénouements un peu nébuleux, pour nous en tout cas, nous avions toujours aussi hâte d’entamer la prochaine. J’y rajouterais une saveur surannée se dégageant de l’ensemble, ne serait-ce que par les prénoms « Cyprien, Néhémie, Baptiste, Hermione, Achille » mais pas seulement eux, un style retenu et recherché déliant des coulées élégantes, prend la pose, et se dépose avec noblesse.
Six des dix-sept nouvelles avaient déjà été publiées dans des revues ce qui n’est pas surprenant. Le pouvoir de cet auteur est sa constance, pas seulement dans le ton et les ambiances, mais dans l’intensité soutenue de chacune de ses histoires. Ce qui demeure remarquable dans un recueil qui, assez souvent, donne le vertige des montagnes russes.
Un plaisir pour les oreilles de les entendre, un délice pour les yeux de les voir, et une réjouissance pour l’esprit de les sentir.
Au passage, Emmanuel Bouchard, Collection Hamac, 132 p. 16.95 $


Très tentant…