Une prestation d’humour

On prétendait le livre rempli d’humour et justement j’avais une furieuse envie d’humour. Les premières pages n’ont pas démenties la prétention, il y avait une réelle volonté de faire dans l’humour. Le personnage désire écrire un chef d’œuvre et pour cela, il est convaincu qu’il faille être malheureux, dans le genre torturé. Pas profond, malheureux. L’idée étant d’éviter le bonheur bourgeois à tout prix, sinon aucun génie ne sortirait de ce potentiel corps d’écrivain.

Commence la litanie du postulant au malheur, les lamentations au
ciel le priant que la foudre du destin s’abatte sur lui. Une telle
situation peut être drôle une vingtaine de pages mais au-delà, ce mur
de geignements s’est mué en ennui comme n’importe quelle répétition
peut l’être finalement. Et qui plus est, et là est vraiment ce qui m’a
agacé au plus haut point : les jeux de mots. Je dis « jeux de mots » et
je me sens encore loin de la réalité, car dans le mot « jeu » il y a le
mot amusement.  Un moment donné, est-ce à trop vouloir être drôle à
tout prix, Stéphane Filiatrault tombe volontairement dans l’automatisme
du mot. Un peu comme lorsque l’on s’amuse sans censure à l’écriture
automatique. Certains automatismes revenant même à répétition. Exemple,
ne pas être capable d’écrire le mot « choix » sans y rajouter « le
choix du président ». J’ai trouvé l’exercice désespérant. Est-ce que je
manque d’humour ou bien l’auteur en a-t-il un trop-plein ? À un certain
moment, je me suis même dit qu’étant donné qu’on retrouve tant de
jubilation à écrire ce qui fait rire pourquoi ne pas s’y consacrer,
c’est-à-dire écrire pour les humoristes ? Être scripteur pour
humoristes est un métier honorable, toute écriture, en autant qu’elle
soit dans le bon contexte exige intelligence et vivacité d’esprit. Et
j’en ai retrouvées dans cet auteur et certainement aussi un sens
percutant de la critique sociale.

Sous forme de roman, j’ai eu de la difficulté, le fil de l’histoire
étant trop ténu. Trop mince, trop serré, quitte à étouffer le
personnage principal.  Les personnages secondaires sont accessoires,
donnent l’impression de servir seulement de faire-valoir au principal.
Encore là, cela me confirmait que le talent se moulerait bien à nourrir
un « one-man show ».

Malgré mes nombreux agacements, et malgré les longueurs du scénario,
j’ai éprouvé quelque curiosité à savoir jusqu’où le personnage
pousserait l’imposture du malheur. Vers la fin, il y a un peu plus
d’intrigue et à chaque fois que l’auteur délaissait un moment ces tics
de langage d’humour à tout prix, j’ai apprécié. Je serai même curieuse
de voir, si l’auteur délaissait ce vouloir être drôle à tout prix,
qu’est-ce qui sortirait de bon de l’entreprise.

3 Commentaires

  1. On se rejoint, ma chère, sur cette lecture. Et tu mets le doigt sur un aspect dont je n’ai presque rien dit dans ma propre critique: la longueur du roman par rapport au propos lui-même. Je me demande si, lors du travail d’édition sur le manuscrit, il n’aurait pas fallu alléger le roman de plusieurs dizaines de pages. On aurait alors mieux joué avec le matériau « comique ».

  2. Je me souviens m’être dit au milieu de ma lecture que l’auteur aurait aussi bien pu en faire une nouvelle plutôt qu’un roman. Et j’ai oublié de le dire dans ma critique.
    Sinon, pour les jeux de mots, c’est tout le contraire pour moi. Comme je l’ai dit dans ma critique, c’est ce qui a sauvé le roman de mon abandon.Sans cela, je sens que j’aurais vite décroché!

  3. Même réflexion quant aux jeux de mots. Je suis en train de lire le roman. Page 80, environ, et un peu agacée parfois. Je fais des pauses régulières pour continuer car, oui, il y a un bon potentiel, une bonne plume, mais un petit « too much » qui m’ennuie.
    Je suivrai de près cet écrivain, car je pense qu’il pourra nous surprendre.

Laisser un commentaire

M’aviser des nouveaux commentaires publiés sur cet article par courriel