
Les déliaisons
Un premier roman dont on a peu entendu parler. Je vais tenter de le résumer, sans trop le dévoiler et j’avoue que ce ne sera pas facile car il y a peu d’histoire, alors quoi en dire ? Raphaël, le narrateur, quitte et est quitté. Il est un prof de littérature désabusé du milieu, il quitte la profession. Sa belle, désabusée de son désabusement, le quitte.
Et continue de plus bel ce qui s’amorce dès les premières pages, les réflexions du narrateur. Celui-ci a une opinion sur tout et tient mordicus à la partager avec nous, au détriment d’avancer l’histoire. J’ai eu la nette impression de suivre un chroniqueur que je n’ai absolument pas choisi, et qui se plaît à élaborer de long en large, des questions psychologiques, certains livres, des phénomènes sociaux, philosophiques, des films, des articles de revue. La durée n’est pas d’un paragraphe, durant lequel on cernerait le propos d’une manière imagée et percutante qui viendrait compléter l’histoire, non, les exposés se détachent de l’histoire pendant trois, quatre, parfois cinq pages. Si nous retirons ces opinions ; de deux-cent quarante pages, l’histoire passerait à … un maigrelet cent pages.
Mon agacement a été grand que l’on m’impose ces chroniques d’opinions, tout ce « je » s’étendant à outrance, ce qui a sûrement dérangé mon appréciation de l’histoire elle-même. J’arrive quand même à dire qu’elle est aussi intéressante que n’importe quelle histoire de séparation à laquelle suit une quête de soi (qui suis-je, que veux-je ?), la nature de cette quête impliquant l’inévitable retour au nid parental et aussi, bien sûr, la quête de l’autre, entendre par là, du sexe opposé.
C’est le regard d’un célibataire qui cherche, qui chasse. Il y a un chapitre « Gogo Galère » où nous est relaté la nuit où Raphaël se défonce avec ses amis, une nuit typique de destruction massive du « je ». J’ai tout de même apprécié, malgré le côté déconnecté de ce chapitre sur les autres. Au moins, dans un état avancé de dépravation, les chroniques m’ont été épargnées. Pourquoi déconnecté alors ? Pour la situation de l’homme qui a perdu la tête et dont je ne reconnaissais plus les principes, pour le style cru, dur, vulgaire. À mettre sur le compte du cocktail explosif drogue-alcool.
Il y a des fluctuations du langage passant de populaire à peu près comme le « chat » (clavardage) entre ados à, soudainement, celui du professeur de littérature qu’il est supposé être. D’ailleurs, l’auteur, Martin Robitaille est lui-même un professeur de littérature qui a pondu un essai sur Proust. Serez-vous surpris d’apprendre que le « personnage » nous abreuve de Proust ? Autre exemple du côté chronique de la chronique Silvio Fanti, ça vous dit quelque chose ? Un psychanalyste père de la micropsychanalyse inspiré de l’aïeul Freud ? Si ça vous chante d’en entendre parler, entre autres divers sujets d’actualité, vous savez quoi lire : Les déliaisons.
Je tiens à finir en beauté, je préfère ça ainsi, c’est mon style à moi. Sa relation avec sa grand-mère Simone est inspirée de tendresse. Le style s’en ressent et à chaque fois qu’il nous entretient de sa maminou, son style est plus inspiré :
« Je recevais Simone aux chandelles, sur la terrasse. J’espérais qu’il n’y ait pas trop de vent. Je pouvais toujours mettre des lampes-tempête. On aurait eu l’air de deux marins d’eau douce perdus dans le ventre de la bête montréalaise, qui attendent qu’elle nous régurgite sur une île déserte. On aurait été bien, là, tous les deux, au soleil à discuter littérature et musique, tout en sirotant des drinks dans des noix de coco. On aurait refait notre vie. Ça me fait penser à un article que j’ai lu sur … (… je vous l’épargne !) » p.127
Les déliaisons, premier roman de Martin Robitaille – Québec Amérique, 240 p.


Salut Venise,
Je viens de terminer ce roman et je rejoins tout à fait ton avis, l’auteur nous jette ses opinions sur tout, cela m’a donné à réfléchir sur certains sujets mais je crois que l’auteur aurait mieux fait d’écrire un essai sur la société plutôt qu’un roman car l’histoire en elle-même effectivement plutôt courte, quoique intéressante sans être originale. J’ai bcp regretté l’emploi d’anglicismes qui ne se justifiait pas à mon sens. Ceci étant dit, ma lecture ne fut pas désagréable, par contre j’aurais bien aimé un texte présenté de manière plus aérée. Même les répliques des dialogues sont présentés les uns à la suite des autres sans retour à la ligne, je n’ai pas aimé ça. J’avais l’impression d’étouffer. C’était peut-être voulu…
Merci de nous laisser savoir ton opinion. C’est très appréciable, pour l’auteur aussi, en autant qu’il y soit ouvert. Nos opinions se rejoignent pour certains points, et ton avis apporte un éclairage nouveau sur d’autres.
Merci d’avoir pris la peine de déposer ton commentaire ici !