Sonate en fou mineur

Pascal est un compositeur arrivé à un point décisif de sa vie, tant

créative que sentimentale. Jusque là, il a accumulé les petits boulots,
incapable peut-être de faire face à la puissance du geste créateur, et
il commence à s’impatienter: réussira-t-il à composer cette fameuse
sonate qui l’habite, à reconquérir son ex, la belle Emmanuelle, qui a
refait sa vie avec son meilleur ami, à enfin s’assumer entièrement en
tant qu’homme et artiste?

Éloi Paré signe avec ce premier roman
un essai plutôt convaincant, qui même s’il emprunte aux archétypes son
personnage de compositeur tourmenté, sait lui insuffler une dose
suffisante de bon sens et d’autodérision pour qu’on s’y attache. Mais
cette sonate ne reprend pas les modèles classiques du genre (deux
thèmes de caractère contrasté, qu’on retrouvera sous une forme ou une
autre tout au long de l’oeuvre) mais plutôt selon la forme cyclique
(une même idée, déstructurée, démultipliée, transformée). L’idée
maîtresse – le leitmotiv si l’on souhaite poursuivre l’analogie
musicale – serait plutôt la folie aux multiples visages: celle qui a
poussé le bien nommé Tristan à pousser un geste inexplicable et d’une
rare violence quand il avait 16 ans, celle qui habite un des amoureux
plus que troublé de la belle Agathe, celle qu’on sent latente chez le
psychiatre en chef de l’institut où travaille Pascal, celle de Rachel,
l’intrigante qui souhaite devenir muse pour éventuellement s’approprier
l’œuvre complétée, celle de la pureté aussi du geste créateur.

Certaines
circonvolutions auraient pu être gommées, certains thèmes resserrés
mais Paré réussit là où beaucoup auraient échoué. Le style reste alerte
et fluide, malgré l’emploi du passé simple narratif qui, jamais ne
s’essouffle ou semble forcé – sauf, bien sûr, quand l’auteur se moque
gentiment du premier roman d’Agathe et de l’impossibilité patente d’y
intégrer le dit passé simple. Les personnages sont bien campés et
suffisamment nuancés (hormis Christophe, psychopathe assumé et
volontairement dessiné à très gros traits) pour qu’on croit à cet
univers pourtant assez inusité. Le lecteur se tapit avec intérêt dans
l’ombre pour entendre les conversations que Tristan entretient avec
Pascal lors de ses nuits d’insomnie. Il s’interroge aussi sur les
limites d’un système médical sursaturé et d’une société instable, qui
ne peuvent pas toujours faire la différence entre folie passagère et
psychose dangereuse, entre thérapie et surmédication, entre les textes
savants et la réalité vécue au quotidien. Un premier opus à la voix
suffisamment originale pour qu’on en retienne le thème.

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