
Un automne écarlate
À Saint-Profond-des-Creux (rebaptisé ici fort joliment Saint-Clovis),
il ne se passe pas grand chose, du moins en apparence. Pourtant, quand
on gratte la surface, tout paraît soudainement beaucoup plus troublant.
Francis, qui aura neuf ans en cours d’histoire, habite avec sa mère
cette ville où les eaux calmes se troublent périodiquement: à l’annonce
d’un divorce, à l’arrivée d’un nouvel élève ou d’un nouveau voisin, par
exemple. Malgré son jeune âge, Francis est obsédé par les films
d’horreur, qu’il avale goulûment comme d’autres les dessins animés du
samedi matin. Il les consomme en fait en amateur éclairé, étudiant les
séquences, revisitant certains dialogues, plus ou moins convaincu que
le cinéma n’est qu’un reflet de la réalité – ou peut-être est-ce bien
le contraire.
Un soir qu’il est au cinéparc avec sa gardienne et
le petit copain de celle-ci, l’horreur prend la petite ville en otage:
un premier enfant est découvert mort, puis une deuxième, un troisième.
Pour Francis, qui s’est toujours réfugié dans sa tête pour pouvoir
continuer à avancer, les monstres n’ont pu qu’envahir la réalité, sa
réalité. Convaincu de la nécessité de trouver le coupable pour s’éviter
une mort certaine, il enquête en parallèle des policiers locaux.
Avec
ce premier roman pour adultes (qui initie une série), François Lévesque
nous livre un texte bien ficelé, plutôt dense, au style agile. Il y
dépeint avec adresse un univers sombre, autant ces histoires de
meurtres non élucidés que les tourments psychologiques du jeune
narrateur qui se culpabilise du départ de son père, un homme pourtant
violent. Les âmes sensibles peuvent pourtant aborder cet ouvrage sans
réserve car, malgré la noirceur du sujet, l’auteur réussit à ne jamais
tomber dans le gore.
Le
roman aurait peut-être eu avantage à être un peu plus resserré à
certains moments et la fin, qui réussit à nous surprendre malgré tout,
aurait peut-être mérité un traitement un peu moins abrupt. Néanmoins,
on s’attache à cet enfant troublé et le ton presque complice adopté par
le narrateur nous incite à poursuivre notre lecture. Trop tard, on
réalise que, au fond, les horreurs les plus bouleversantes sont celles
qu’on imagine.
Éditions Alire

