Le camée et le bustier

« Qui trop embrasse mal étreint. » Voilà comment je pourrais

résumer ce premier roman de Jean Renaud. Le sujet était foisonnant,
l’idée de le traiter autrement tentante, il faut bien l’admettre.
Pourquoi ne pas lier en un même texte roman historique, bleuette
Harlequin et, histoire de corser le tout, propos érotiques? C’est le
pari que s’est proposé Jean Renaud avec Le camée et le bustier,
un roman qui met en scène la superbe comtesse Isabelle de Vendée et le
séduisant Thierry, un des employés du domaine, sourd et muet mais
néanmoins prêt à tout pour défendre sa belle. L’auteur nous fait donc
tour à tour voyager au château de Chenouceaux, au domaine d’Isabelle,
dans le boudoir de Mme de Bohier (dessinatrice de vêtements
afriolants), dans une maison close, à la cour du Roi, sur un bateau qui
traverse vers l’Amérique et au Québec, avec une plume assez habile.
Celle-ci manque toutefois à l’occasion de finesse et reprend un tic
d’écriture de Pierre Monette, soit l’usage abusif des points de
suspension, le membre de phrase suivant les dits points de suspension
ne causant aucune surprise.

En voulant couvrir trop large,
l’auteur nous frustre. Les amateurs de roman historique seront
embarassés par le manque de détails pertinents – certaines
généralisations demeurant bien inutiles. Les fanas de romans Harlequin
retrouveront peut-être avec plaisir la cellule jeune femme en détresse
mais volontaire, épaulée par le merveilleux amant romantique, fort,
sensuel et, comble de bonheur ici, discret (puisqu’il est muet) mais le
rêve n’est jamais assez touffu pour qu’on s’y perde. Ceux qui
croiraient que Le camée et le bustier
est un livre que l’on lit d’une main, trop occupé à reproduire les
gestes évoqués de l’autre, auront une amère désillusion. On parle ici
de porn vraiment très très soft,
dans laquelle l’exploit le plus remarquable reste le nombre de
synonymes que l’auteur peut apposer au membre masculin. On aurait de
loin préféré que l’auteur fasse un choix de genres et l’assume.
Néanmoins, on peut considérer ce premier essai comme une lecture
estivale légère, d’évasion, aussitôt consommée, aussitôt oubliée.

Jean Renaud, Le camée et le bustier, VLB Éditieur, 2009

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