L’hiver retrouvé

Diptyque assez intrigant que L’hiver retrouvé, premier roman de Marie-Noëlle Gagnon. En première partie, on assiste à la quête d’un jeune homme qui souhaite oublier son passé et se réinventer dans le petit village de Sili, duquel la mer s’est retiré il y a des années. Il y tombe amoureux de Cerise, s’intègre avec plus ou moins de facilité au quotidien du village, tente de devenir sans succès celui qui y ramènera la mer. Un conte pour grands enfants, servi par une écriture assez directe, mais qui s’égare parfois. J’aimais bien l’idée de cette quête impossible, qui mènerait irrémédiablement à l’exil du narrateur. Je me suis laissée convaincre par plusieurs histoires parallèles, comme celle de la fille laide. Pourtant, j’avais l’impression de ne pas entièrement saisir où l’auteure souhaitait me mener.

En deuxième partie, rupture de ton, de lieu, d’atmosphère. Le jeune homme débarque sur une île où règne en maître l’hiver… et une ogresse, qui a dévoré tous les habitants de son village, dont son ancien amant. Un troublant pas de deux s’initie entre les deux, porté par un dialogue poétique, puissant, envoûtant. La narration de l’histoire passe de l’un à l’autre: d’abord l’apprivoisement, puis la passion, puis la réalisation que cet amour ne peut en être de contes de fées. Ceci donne lieu à des pages vraiment magnifiques, mais dont on cherche le lien avec l’atmosphère plus bon enfant de la première partie. Aurait-il été souhaitable de lire les deux sections comme deux novellas indépendantes, mettant en lumière le même personnage? Peut-être. Aurait-il fallu se concentrer sur l’une ou l’autre des histoires? Je ne sais pas. Une chose est certaine: je ne ressens aucune indifférence face à ce curieux objet littéraire. Mieux: le style de l’auteure possède suffisamment de qualités pour que je lise son deuxième opus.

3 Commentaires

  1. J’ai adoré ce roman. Loin des considérations kitch, il se montre implacable devant le devenir de l’humanité. La vie bat au rythme des saisons. Et toutes conduisent à cet hiver mortifère, qui retrouve toujours le pèlerin pour annihiler sa quête de salut. Destiné à un public averti, cet excellent roman souligne sans ménagement notre pénible traversée du désert. Comme Henri Laborit, Marie-Noëlle Gagnon fait « l’éloge de la fuite » pour atteindre « l’inaccessible étoile », mais elle est bien consciente, à l’instar de Réjean Ducharme, que l’humanité se doit de prendre « l’hiver de force » pour survivre.

  2. Merci pour ce partage de lecture. On ressent dans votre commentaire l’atmosphère bien particulière de ce livre. Et il m’a permis de découvrir l’antre d’un lecteur vorace.

  3. Lecture pour moi prévue au début de janvier. Christian Desmeules dans Le Devoir de samedi en a dit grand bien aussi. Ce qui est significatif, il n’est pas toujours gentil!

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