
Les petites filles dans leurs papiers de soie
Les blessures de l’enfance sont souvent les plus insidieuses. Morgan Le Thiec l’a compris et signe avec Les petites filles dans leurs papiers de soie
un troublant recueil de 14 courtes nouvelles. À la limite entre
expérience narrative et poétique, ces instantanés presque
impressionnistes nous révèlent des personnages troublés, troubles,
pourtant proches du lecteur. Raccourcis, ellipses, l’auteure suggère,
insinue. «
Il pleut sur la rue Scribe, sur le théâtre, à deux pas. Il pleut sur
Nantes. Une pluie d’été pleine de chagrin. Je suis un assassin aux
petits pieds, assis dans un café. Depuis quelques heures, j’ai un fils
qui s’appelle Emmanuel. » (p. 89) Peu de mots inutiles, chaque phrase semble calibré avec une minutie
presque maniaque. Plutôt que des vagues de mots, on en perçoit plutôt des
éclats, comme si l’auteure avait cherché à concentrer au maximum les
heures de non-dits, la douleur de l’abandon, le malaise,
l’incompréhension.
Morgan Le Thiec manie la chute avec une dextérité étonnante, nous
laissant tantôt errer quelques minutes, seuls dans une brume d’émotions
(La Naine rouge, En ce jour infranchissable, ou L’Héritier par exemple), précipitant la déchirure à d’autres (Coquelicot ou Memorial Drive).
Aurait-elle le souffle pour produire un roman? Il faudra voir. Mais
quand vient le temps d’extraire l’émotion, elle est remarquable. À
savourer à petites doses, en laissant les destins des personnages se
mêler à notre quotidien quelques instants encore.
Éditions Pleine Lune, 120 p. 19,95 $


Effectivement, belle plume que celle de Morgan Le Thiec, touchante et sans fioritures. Vraie, quoi. À lire, et relire.