
Apprécier le rythme
Il se cherche, tente de retrouver certaines pistes de son passé, dont il doit d’abord s’affranchir s’il souhaite pouvoir s’inscrire dans un certain quotidien. Il échoue à Sainte-Euphrasie, village en sommeil comme des centaines d’autres, qui lui servira de révélateur. Presque rien, au fond; des rencontres qui ne marquent qu’un instant, des destins qui se croisent, la vie qui bat, qui se débat.
Une fois que le lecteur a accepté que seuls quelques remous viendront troubler la surface en apparence dormante, il peut savourer le travail effectué sur la langue, sur la forme, se laisser bercer par les fragments, apprécier l’assemblage, céder à la juxtaposition de sonorités, en percevoir les subtilités. Dans ce premier roman qui tient du long poème en prose, Jean-François Caron a su démontrer que les mots pouvaient encore évoquer, induire une douce rêverie, mais aussi questionner, faire avancer. « Il m’aura fallu beaucoup de temps pour comprendre. Les plus belles histoires sont celles qu’on se raconte. Pas qu’on se mente mieux à soi-même qu’aux autres. L’homme n’existe vraiment que lorsqu’il s’invente. » (p. 115) Un texte atypique à savourer en retrait de soi.

