
S’échouer en beauté
Nos échoueries est un roman comme je les aime : plein de poésie. Le narrateur nous emmène vers le village où il a grandi, au bord du fleuve et de ses débordements. Il ne revient pas seul, ni avec sa compagne, mais avec une jeune femme rousse, mystérieuse, qu’il a prise sur le pouce. Dès le départ, nous sentons une atmosphère intrigante, douce-amère, toujours un peu inquiétante. Ce n’est ni une visite de courtoisie, ni un retour aux sources : ce jeune homme va s’échouer dans la maison de ses parents décédés. Cette demeure abandonnée, qui abrite encore ses souvenirs d’enfance, est à l’image du village : désertée, vieillie. Il constate que tout a changé, erre en ces rues jadis parcourues, insouciant, ne sait plus qui il est. Tous ses repères sont faussés, transformés, détruits.
Sainte-Euphrasie a toutes les apparences d’un monde onirique. Avec des airs de conte, le récit se découpe en petits chapitres, se donne, doucement, tels de petits pas laissant deviner un chemin vers soi. Le texte est émouvant, certaines images sont fortes. Comme celle, qui nous hante, de Marie, femme aimée mais absente, abandonnée qu’elle est dans le cadre d’une porte qui semble être la jonction entre deux mondes.
Nos échoueries est un roman tragique qui nous emporte par son écriture, qui roule telle une vague parfois amoureuse, parfois violente. Le narrateur réussira-t-il à se retrouver, quelque part dans son village lointain, dans sa maison en ruines ? Dès le départ, nous sentons bien qu’il ne pourra repartir de cet endroit indemne.
Un premier roman réussi, même si les premières pages m’ont paru un peu plus ardues que le reste, qui coule bien et ne s’oublie pas de sitôt.

