Les raisons du malheur de l’homme

Simon Lambert cite en exergue Blaise Pascal. Cet extrait des Pensées sur le malheur de l’homme qui ne peut pas « demeurer en repos dans une chambre » constitue la réflexion principale de La chambre, premier roman de l’auteur québécois. Le récit raconte l’histoire d’un homme qui, enfermé dans une petite pièce, est condamné à écrire sans raison apparente et pour une durée de temps indéterminée. Malgré une narration et une écriture somme toute assez simples, ce roman n’est pas sans susciter quelques réflexions métaphysiques, tandis que l’atmosphère générale qui s’y dégage ainsi que le rôle tenu par la femme rappellent Le procès de Kafka. À travers la relation alambiquée qu’entretient le héros avec son univers intérieur, là où il s’abandonne à des soliloques qui lui permettent de défaire les nœuds de sa conscience, puis son univers extérieur, où entre en scène ce personnage féminin qui lui fournit, entre autres, de quoi écrire, Simon Lambert sonde les rouages complexes de la nécessité de dire et, surtout, du contact avec autrui. Le héros quitte quelques fois cette chambre, le temps de faire des rencontres qui continueront de nourrir son inspiration, mais reviendra toujours à la solitude de l’écritoire.

Il ne faut pas s’attendre ici à un roman d’une grande mobilité. Plus sympathique que Dans le scriptorium de Paul Auster – qui, lui aussi met en scène un homme cloîtré qu’on a condamné à écrire –, et moins kafkaïen que son sujet le prétend, La chambre propose un récit dont le rythme lent, qui s’impose dès la première page, renvoie au rythme –  encore plus lent – de l’écriture. Même si La chambre n’a pas été écrit « pour plaire », il ravira certainement les lecteurs conduits par un approfondissement des connaissances de l’âme humaine, fort probablement l’un des motifs à l’origine de la rédaction de ce premier roman.

Bibliographie
La chambre
Simon Lambert
VLB éditeur, 2010
176 p.

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