La ballade de Nicolas Jones

Bien peu d’articles à propos de La ballade de Nicolas Jones auront passé cette coïncidence sous silence : lorsqu’on est né en 1977 et qu’on s’appelle Patrick Roy, il y a fort à parier que le hockey fera partie de notre vie, et ce, dès l’enfance! L’auteur de ce roman est donc un vrai gars, amateur de hockey, mais rarement aura-t-on parlé de notre sport national de façon si littéraire!

Car c’est la première chose qu’il faut souligner de cette première œuvre : elle est d’une qualité littéraire sans conteste. L’écriture est recherchée, les images créées ne sont ni faciles, ni à la portée du premier venu. Les phrases dénotent un style certain qui caractérise l’auteur. On valse aussi d’un chapitre à l’autre entre différents types de narration : de narrateur omniscient à narrateur héros, on passe d’une narration à la troisième personne à une narration à la première personne. Le lecteur doit demeurer attentif et en alerte.

Nicolas Jones est un être à la dérive, marqué par un passé que l’on découvre par bribes, pour notre plus grand plaisir. Sa solitude lui pèse, même lorsqu’il écoute la traditionnelle game de hockey avec ses chums de gars. Il ne sait trop comment agir avec Marie-Sarah, qui l’attire et qui lui fait peur à la fois. La seule personne qui semble pouvoir communiquer vraiment avec lui, même sans parler, c’est Roger, un pilier de bar rencontré un soir de cuite. À travers les souvenirs de Nicolas, nous faisons aussi la connaissance de Saphir St-Onge, Dave Dupont, Charles Savard et Martin Smith : tous tiennent un rôle dans une cruelle histoire d’enfants ayant eu une influence déterminante sur la vie de chacun d’eux.

Les moments où Patrick Roy met en scène des personnages sont les moments forts du roman : il raconte habilement et poétiquement ceux-ci et nous donne envie de les connaître. On aurait aimé en avoir davantage : ce sont les réflexions de Nicolas Jones qui sont plus difficiles à suivre et qui captent un peu moins l’attention du lecteur. On aurait souhaité pouvoir s’attacher au petit Nicolas Jones. La prose de Roy est souvent abstraite alors qu’elle prend vraiment vie alors qu’il relate des événements concrets.

Patrick Roy se positionne dans un univers littéraire peu fréquenté au Québec : à mi-chemin entre la guy lit et la littérature, il nous livre les préoccupations d’un jeune homme aux prises avec la solitude, incapable de nouer des relations humaines. C’est un roman résolument contemporain, écrit avec grand talent, quoique légèrement difficile à apprivoiser.

Bibliographie
La ballade de Nicolas Jones
Patrick Roy
Le Quartanier, collection Polygraphe, 2010
Roman, Format : 13 × 20,95 cm
248 p.

Site de l’éditeur : http://www.lequartanier.com

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