
Étonnant qu’il n’y ait pas 666 chapitres
Taura est archiviste au Vatican. Parce qu’il aimerait prouver l’existence de Dieu, il profite de sa position pour rassembler des textes jamais dévoilés par l’Église catholique et qui prouvent… l’existence du diable. Selon lui, prouver l’un revient à prouver l’autre. Son recueil, qu’il nomme l’Évangile selon Taura, pourrait – c’est ce qu’il croit – sauver l’humanité du retour de Lucifer sur terre. Mais pour le publier, il doit convaincre le pape du bien fondé de sa mission.
Je ne vous dévoilerai pas si Taura réussit à convaincre le pape, mais vous dirai que l’auteur, lui, ne m’a pas du tout convaincu. J’ai été extrêmement déçu par son roman. Je dirais même frustré. C’est que je m’attendais à tellement plus. Plus de réflexions, plus de sérieux, plus de recherche, quelque chose de pratiquement philosophique, peut-être même une sorte d’essai camouflé en roman. C’est loin d’être ce que nous propose Jimmy Lalande. L’évangile selon Taura ressemble plus à un recueil de récits fantastico-merveilleux remplis d’interminables descriptions de chevaliers valeureux affrontant des monstres diaboliques qu’à une thèse sérieuse sur la question fondamentale de l’existence de Dieu. Au fond, je ne peux donc m’en prendre qu’à moi-même de ne pas avoir lu convenablement la quatrième de couverture.
Si les textes m’ont déplu par leur absence de style et leur coté très scolaire – un ou des héros, trois péripéties, quelques créatures et un ou deux objets magiques : je me suis cru de retour à l’école primaire –, la structure du roman m’a tout autant ennuyé. J’aurais préféré que l’auteur s’attarde sur l’histoire de Taura plutôt que sur les chapitres de son soi-disant évangile, qui composent l’essentiel du bouquin. En ce sens, je lui aurais attribué, au mieux, le titre de recueil de nouvelles plutôt que celui de roman. Des nouvelles, au demeurant, remplies de clichés et bien peu crédibles : des textes anciens pourtant écrits à la façon d’un conte médiéval contemporain où de grands rois ennemis se rencontrent sans la protection de leurs gardes ou dans lesquels les démons agissent sur le monde d’une façon aussi subtile qu’un Hummer. On comprendra le personnage du pape s’il n’y croit pas.
Finalement, j’ai été dérangé par plusieurs commentaires présents dans L’Évangile selon Taura. Même si je ne peux vraiment les associer à l’auteur, ces idées plutôt conservatrices ont souvent perturbé ma lecture. Que ce soit lorsque l’on traite d’hérétiques idiots les Aztèques parce qu’ils croyaient en plusieurs dieux ou lorsque l’on dit que le seul moyen d’empêcher Lucifer de revenir sur terre est de renouer massivement avec le christianisme. Autant d’idées sectaires et dépassées qui me déplaisent toujours et qui, je l’espère, ne sont là que pour servir l’histoire. Pour toutes ces raisons, je vous déconseille vivement la lecture de ses évangiles de Taura. Sauf si, vraiment, vous êtes fan du genre.
Bibliographie
L’Évangile selon Taura
Jimmy Lalande
Éditions Marchand de feuilles, 2010
390 p.
Site de l’éditeur : http://www.marchanddefeuilles.com


J’ai adoré ce roman. Pour ma part, je suis très heureux qu’il n’y aie pas de 666 comme le titre le dit. Justement, parce que le roman ne s’accroche pas à cela je l’aime !!! Pourquoi copier ce qui est ailleurs ? De plus, je suis quelqu’un qui apprécie beaucoup les romans qui contiennent plusieurs histoires à l’intérieur, il laisse place à l’imagination.
Félicitation à l’auteur qui a du faire plusieurs recherches pour nous présenter les lieux et les époques d’une si belle façon.
« Pour ce qui est du nombre d’âmes à absorber, continua Meister, il est de 666, le chiffre de la bête. » p.37, première histoire. Et ce n’est que l’un des exemples de clichés qui se retrouvent dans le roman. Maintenant, chacun voit cela comme il veut, et je suis content que vous ayez apprécié le roman de Jimmy Lalande! Ce ne fut pas mon cas. Sinon, je ne sais pas si l’auteur a fait des recherches pour nous présenter ses lieux et ses époques… mais je sais que personnellement je n’ai pas été convaincu là où d’autres auteurs ont beaucoup mieux réussi, à mon avis (je pense entre autre à Anne Rice). Mais peut-être l’auteur aimerait-il en discuter avec nous?