
Romance en bleu
Magali Sauves ne pouvait pas tomber mieux. Son roman publié au début de 2011 commence par… des manifestations dans les rues de Tunis !
Bleu azreq met en scène la jeune Sarah, adolescente juive tunisienne, dont la mère décède le jour même où les Forces alliées rentrent dans Tunis libérée en 1940. Forcée de laisser l’école pour aller travailler, Sarah se trouve un poste parmi les Forces, une expérience qui changera sa vie. Elle est, comme son pays, bousculée par les changements induits par la guerre. L’ouvrage de Magali Sauves est donc un récit d’émancipation.
J’ai aimé de ce livre la cohérence du récit, la vitalité des personnages et la plume vive de l’auteure: « Bercée par les larmes de ma sœur, au cœur de la nuit chaude et humide, je m’endormis dans ma ville où les portes montraient aussi la sortie. » (p. 63) Sarah est tout à fait attachante, vivante, entêtée.
Si on peut reprocher à Magali Sauves une tendance didactique parfois un peu lourde (trop nombreuses notes en pas de page pour un roman et dialogues trop explicatifs), ma principale hésitation porte plutôt sur le romantisme et la grandiloquence qui nous poussent parfois vers les clichés, et ce, autant dans le récit que dans le style.
J’ai regretté que l’histoire d’amour finisse par prendre toute la place, surtout dans la deuxième partie. La lectrice adolescente en moi y a pris un plaisir fou, mais, parce que je la connais bien, je me méfie de cette lectrice-là qui n’est pas trop exigeante. Ce même romantisme est trahi par certaines poussées stylistiques souvent convenues telle « la stupéfaction se lut sur son visage, puis l’admiration s’étala comme sur un champ brusquement inondé de lumière. » (p. 173) Ou encore cette séquence au milieu d’une page qui décrit une première relation sexuelle : « Je voyais des fleurs, des hortensias blancs et bleus. C’était beau ! Je planais au-dessus d’eux, telle une abeille, butinant. » (p. 219)
Qu’on se comprenne, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. Le parti pris de l’auteur pour faire de la romance la colonne vertébrale de son récit se défend, mais je trouve ça dommage puisqu’il me semble que ce livre, dans son contexte historique et culturel, aurait pu nous amener ailleurs.
Petite note à l’éditeur : les livres très beaux des Éditions Sémaphore laissent passer de grosses coquilles peu justifiables telle « Il ne mettait jamais venu à l’esprit… » (p. 243).
Bibliographie
Bleu azreq
Magali Sauves
Éditions Sémaphore, 2011
291 p.
Site de l’éditeur : http://www.editionssemaphore.qc.ca

