Le secret du coffre bleu

Sous le choc de la mort de sa mère adoptive qu’elle aime profondément, l’humoriste Lise Dion découvre, enfoui dans un grand coffre bleu fermé à clé d’aussi loin qu’elle se souvienne, tout un pan secret de la vie de la femme qui l’a élevée comme son propre enfant. À sa grande surprise, sa mère aurait été religieuse et aurait connu l’emprisonnement dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette découverte pousse l’humoriste à multiplier les recherches pour faire la lumière sur le passé de sa mère, un passé qu’elle a romancé et qu’elle nous offre en ultime hommage à cette femme si singulière.

J’ai entamé la lecture de ce récit avec un grand scepticisme. Tout d’abord, bien qu’elle ait écrit de nombreux textes humoristiques, je doutais de la qualité de la plume de Lise Dion. Je doutais aussi de l’intérêt du récit, que j’imaginais simpliste. Pour mon plus grand plaisir, ces deux préjugés ont été complètement renversés!

Est-ce à dire que Lise Dion se démarque par son talent littéraire et que le récit amène un éclairage nouveau sur ce conflit mille fois décrit? Si elle ne se taillera pas une place parmi les grands auteurs québécois avec ce premier effort, Lise Dion peut toutefois avoir la satisfaction de nous proposer une écriture qui se laisse lire, sans efforts, toute simple et sans fioritures : c’est une écriture franche et directe qui ressemble beaucoup à la femme derrière les mots. Et les histoires de courage sont légion dès qu’on parle de nazisme et de camps de concentration : tout dernièrement, on aura pu voir Le cœur d’Auschwitz, un documentaire qui retrace le courage et la solidarité féminine au cœur de ces camps. Le secret du coffre bleu n’apporte donc rien de nouveau, mais il est impossible de rester insensible au récit de la vie de cette femme, une petite Québécoise que rien ne destinait à la vie qu’elle a menée.

C’est là selon moi la grande qualité de cette histoire : son accessibilité. On partage facilement les sentiments de Lise Dion pour sa mère, sa stupéfaction à la découverte des documents cachés, et on suit le personnage maternel avec attachement. Le récit est pudique et suggère plus souvent qu’il ne décrit vraiment. On ferme les yeux sur plusieurs aspects sordides des événements, probablement comme la mère de Lise Dion l’a fait afin de survivre. On reconnaît les lieux décrits et il est fascinant de découvrir le Québec de ces années de guerre.

Le secret du coffre bleu a réussi à me divertir et à me toucher, beaucoup plus que certaines œuvres plus littéraires : Lise Dion ne prétend à rien d’autre qu’à un témoignage hommage à cette femme exceptionnelle dont elle veut préserver la mémoire. Il nous est impossible de ne pas la suivre dans cette voie. Quelle est la part de vérité, quelle est la part de fiction? On n’arrive pas vraiment à le savoir, et c’est là révélateur d’un talent de conteur véritable.

Bibliographie
Le secret du coffre bleu
Lise Dion
Libre Expression, 2011
208 p.

Site de l’éditeur : http://www.edlibreexpression.com

www.lemeac.com

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