Quai 31 et Voyage léger

Les deux romans publiés récemment à la Peuplade proposent des voyages complètement différents, mais tout aussi intéressants.

Dans le premier roman de Marisol Drouin, on suit Échine qui accoste au fameux quai 31 ; le jeune homme arrive, avec d’autres réfugiés, sur une nouvelle terre. Nous nous retrouvons en un endroit qui fait penser à une ville américaine post-apocalyptique. En effet, l’univers de ce roman ressemble à ce qu’on connaît, ou à quelque chose que l’on pourrait connaître… et pourtant c’est tout à fait autre chose. Échine, qui n’est pas comme les autres, deviendra tueur de chat, voleur de vélos, rencontrera des personnages plus grands que nature, comme Pinoche, Chirma, Mé et ses garçons, qui tous, tenteront d’échapper à une étrange maladie mortelle qui tord la colonne vertébrale dans d’atroces douleurs. Tous ces éléments participent d’un récit qui, s’il se range du côté du roman d’anticipation ou de science-fiction, est tout à fait prenant et convainquant. De beaux moments ont lieu entre les personnages, malgré la dureté de ce qui se passe, le pessimisme ambiant. C’est très bien écrit, on n’accroche nulle part, on sent une maîtrise des mots tant dans la narration que dans les dialogues. Un beau moment à passer, qui nous sort de notre vie quotidienne, mais qui nous rappelle les principaux enjeux d’une humanité à la dérive.

Voyage léger, de Mélissa Verreault, nous entraîne dans un voyage plutôt intérieur. Ariane vit une rupture douloureuse à laquelle elle ne voit qu’une solution : partir. Fuir pour déplacer cette douleur qui la submerge. Mais, bien sûr, la douleur nous suit et Ariane se retrouve seule avec elle dans une chambre d’hôtel qui devient une espèce de cocon où elle se rappelera certains moments de sa vie, où elle réfléchit, et change, tranquillement. On assiste à cette sorte de mue d’Ariane ; tout ce qu’elle vit en elle-même contribue à en faire une personne mieux dans sa peau. Le lecteur la suit avec facilité dans les allers-retours dans le temps. Il y a certains passages dans ce roman qui parleront à tous ceux qui ont déjà été perdus, profondément troublés, en deuil d’une partie d’eux-mêmes: « La chambre est une brèche taillée à même le vide ». De si belles images ponctuent le texte. Le mouvement intérieur d’Ariane nous tient en haleine et nous prend au cœur.

Deux livres à lire cet été, donc, pour la poésie dans les textes, pour les personnages attachants, pour voyager, que ce soit au bout du monde, ou en nous, au présent ou au passé…

Bibliographies

Quai 31
Marisol Drouin
La peuplade, 2011
120 p.
Voyage léger
Mélissa Verreault
La peuplade, 2011
219 p.

Site de l’éditeur : http://www.lapeuplade.com

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