
Arvida
Né en 1978 à Arvida, au Saguenay, Samuel Archibald propose ici une première œuvre de fiction, 14 histoires tissées à même les rumeurs de cette ville et les anecdotes de ceux qui l’ont habitée. S’y entremêlent forêts, chasse et bêtes imaginaires, crimes ratés et mémorable partie de hockey. Arvida présente un univers essentiellement masculin, mais dans lequel les personnages féminins sont peut-être parmi les plus troublants (et troublés). Je pourrais parler de Misaka, qui élève la mutilation au rang de revendication artistique, ou de Danièle, mère paranoïaque vivant dans l’anticipation du paranormal.
La forme – un recueil – permet difficilement de s’attacher aux personnages, mais mon intérêt pour la plupart d’entre eux a été immédiat : Raisin, un gaillard un peu simplet qui se voit demander d’abattre un homme; Gilles, qui retape une vieille maison bientôt soupçonnée d’être hantée; ou encore Jim, à la recherche d’un curieux animal au pelage argenté. En fait, et c’est peut-être l’une des plus grandes qualités de ce livre, on glisse aisément d’une histoire à l’autre. L’auteur est doué pour raconter, et il le fait dans une écriture inspirée et souple, jouant sur plusieurs niveaux de langage qui ajoutent à la crédibilité de l’ensemble. Se côtoient ainsi des expressions typiques des contes (« il est le diable s’il l’a fait exprès ») et des passages poétiques, imagés : « J’ai entendu un vacarme qui ressemblait plus au tonnerre qu’au ressac, j’ai vu les vagues s’entrechoquer entre elles et exploser contre les rochers dans un mouvement qui n’avait rien de doux ni d’harmonieux, j’ai vu l’océan comme une immense masse noire striée d’écume et j’ai compris que toutes les fois où j’avais vu la mer avant cette nuit-là, […] j’avais vu une carte postale, j’avais vu un mensonge. »
L’idée du mouvement traverse tout le recueil: la relation de transmission entre la grand-mère et son petit-fils, la territorialité omniprésente, l’oscillation entre l’Arvida réelle et l’Arvida mythique, voire la notion même de légende, qui continuellement se réécrit. Même s’il comporte une bonne part d’ombre, Arvida est pour moi une célébration des sens et de la liberté, à l’opposé de toute rigidité : « on n’arrivait à se souvenir de rien tant qu’on ne s’était pas débarrassé de cette manie de noter tout, partout, à tout bout de champ. »
Il y a de ces phrases qui résonnent en nous, et chacun peut trouver les siennes dans ce livre. Une très belle découverte.
Bibliographie
Arvida
Samuel Archibald
Le Quartanier, 2011
322 pages
Site de l’éditeur : http://www.lequartanier.com


Vous avez vu juste ! Maintenant que ce roman est découvert au grand jour, on réalise jusqu’à quel point vous avez bien fait de parler d’une belle découverte.