L’auteur joue avec le lecteur

Que voilà un roman déroutant ! Et il est bon d’être dérouté quand on lit de la littérature ! Construit en spirale, Le sermon aux poissons commence avec l’exposé d’une situation : un homme cherche à retrouver son téléphone portable. Mais ça se complique au fur et à mesure quand le passé et le présent se mêlent dans la narration. Tout s’accélère ensuite avec des scènes qui se répètent et dont on ne sait pas si elles sont réelles ou imaginées.

Ce qui m’a le plus perturbé est le passage ponctuel d’une narration à la troisième personne à une narration à la première personne. J’ai d’abord cru à des erreurs mais j’ai dû m’y résoudre : Patrice Lessard joue avec le lecteur. Les lieux et les moments se mélangent. Le personnage principal confond lui-même les femmes de sa vie. Et avec ce roman au cœur de Lisbonne, l’auteur rappelle que le terrain de jeu de l’écrivain, c’est le monde. Les passages en portugais donnent une touche spéciale au roman mais génèrent aussi un peu de confusion dans la lecture. Tout comme le personnage principal, je me suis perdu moi-même dans les noms de rues et j’ai vite renoncé à essayer de me repérer dans le dédale lisboète mis en place par Patrice Lessard. En effet, lire de la littérature, c’est aussi renoncer à tout saisir pour se laisser porter par l’ambiance créée par l’écrivain. Pour Patrice Lessard, peu importe que les personnages se trouvent dans une rue ou une autre ou qu’ils aient une conversation le jour même ou la veille. Ce ne sont que des conventions. Peu importe aussi ce téléphone portable, bel exemple de MacGuffin littéraire. L’essentiel est le ressenti du personnage : tourmenté, confus et profondément seul, il devra vivre avec les conséquences de sa décision. C’est ce point de rupture qui est intéressant pour l’écrivain. L’angle choisi par Patrice Lessard fait du Sermon aux poissons un roman qui plaira surtout aux lecteurs qui aiment être bousculés.

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