Patrice Lessard – Questionnaire

Patrice Lessard répond au questionnaire de La Recrue du mois.

Avez-vous écrits d’autres types de textes avant de vous tourner vers le roman ?

Mon premier livre était un recueil de nouvelles. Depuis que je me suis mis au roman, la nouvelle me semble hors de portée. J’aime la nouvelle.

Quel métier rêviez-vous d’occuper enfant?

On accorde beaucoup trop d’importance à l’enfance. Je ne me souviens plus, c’est le genre de chose que j’essaie d’oublier, mais ça devait avoir un lien avec ce que mes parents et les gens qui m’entouraient voulaient à ma place.

Avez-vous un rituel d’écriture ?

J’écris rarement chez moi, plutôt dans les lieux publics, et toujours sur papier, je traîne avec moi mes petits cahiers et m’inspire de ce que je vois même si, le plus souvent, ça n’a rien à voir avec ce que j’écris. Le mieux, c’est en voyage, mais toujours en me convainquant (sans en parler à personne, cela dit) que je ne rentrerai jamais chez moi, que chez moi, c’est où je me trouve à ce moment-là. Et quand je rentre malheureusement chez moi, je retape tout ça à l’ordinateur puis relis et retravaille le texte des dizaines et des dizaines de fois.

Racontez-nous l’histoire du titre de votre ouvrage…

Le père António Vieira a écrit, au dix-septième siècle, un texte intitulé Le sermon de Saint Antoine aux poissons. Reprenant la légende de Saint Antoine qui aurait prêché aux poissons parce que les hommes ne l’écoutaient pas, Vieira feint de faire la même chose et, en disant aux poissons leurs qualités et leurs défauts, il sermonne les hommes. En fait, ce qui m’a séduit, c’est l’idée de parler sans être écouté (je suis sûr que les poissons n’écoutaient ni Saint Antoine ni le père Vieira) et aussi une citation du texte de Vieira qui dit que, pour fuir les hommes, Saint Antoine a fui Lisbonne, puis le Portugal, a changé son nom et est devenu étranger à lui-même.

Quel serait, pour vous, le point de départ de l’écriture (une anecdote, un personnage, un thème, une thèse, etc.) ?

Tout ce qui détermine le style naît au départ, le reste ensuite. L’histoire émerge d’une forme et d’une voix narratives. Il me semble impossible d’écrire avant d’avoir trouvé la voix de mon narrateur et la manière dont il s’y prendra pour raconter son histoire, le lieu et le temps où il se trouve, etc. Un ami me disait que je mets au premier plan de ma réflexion cette « préoccupation ontologique ». Je pense plutôt que si je n’arrive pas à me situer moi-même dans mon histoire, j’aurai du mal à la faire tenir.
Je ne suis toujours pas sûr d’avoir bien compris ce que signifie le mot « ontologique » (même si je viens d’en vérifier la définition au dictionnaire).

Croyez-vous qu’il y ait toujours une part d’autobiographie en fiction?

En ce qui me concerne, oui. Je dois faire très attention de ne pas blesser mes amis, mes proches, mais je n’y arrive pas toujours. Par ailleurs, tout ce que je raconte est faux.

Quelle importance accordez-vous au narrateur et à la forme narrative ? Ils allaient de soi ou résultent d’une recherche ?

Ce qui m’intéresse d’abord et avant tout, c’est la voix narrative. Le narrateur ne peut naître que de sa propre voix. Si on ne s’en préoccupe pas, selon moi, c’est raté.

Quel livre auriez-vous aimé écrire et pourquoi?

Jacques le fataliste et son maître, de Diderot, pour la liberté de propos et de style.
J’aimerais écrire un jour quelque chose d’aussi beau que les deux dernières pages de La vraie vie de Sebastian Knight de Vladimir Nabokov.

Quel est l’auteur dont vous avez lu tous les livres ?

Thomas Bernhard.

L’avenir de la langue française vous interpelle-t-il?

Oui.

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