Mon amoureux est une maison d’automne

Quand on sait écrire des chansons, peut-on transmettre ses acquis à un récit qui exige plus de souffle? Pas nécessairement. Il faut le reconnaître d’emblée : Mon amoureux est une maison d’automne peut difficilement être considéré un grand roman, le travail sur l’écriture n’étant pas entièrement assumé. (Un éditeur aurait-il accepté ce texte dans cet état précis si l’auteure avait été moins connue? On peut s’interroger.) Pourtant, on pénètre facilement dans l’univers de Florence, artiste-peintre, mère de deux enfants qu’elle adore, blessée profondément par le décès de sa propre mère, qui se laisse porter ou combat, selon les jours, sa bipolarité.

« J’ai la forte pulsion de me bâtir seule.

J’ai la forte pulsion de me blottir dans les bras de ma mère.

De me laisser cajoler, de l’entendre me dire que ça va bien aller, qu’elle s’occupe de moi.

Toutes les autres personnes me jugeront. Elles diront que ce n’est pas une maladie, que tout le monde est bipolaire.

J’ai l’impression que tous les gens à qui j’en parlerai s’identifieront à cette affection.

Tout le monde est bipolaire.

OK.

Moi aussi alors. »

Cette bipolarité est intimement tissée à la vie amoureuse de la narratrice. Entre Renald, également artiste, père de ses fils, la relation épisodique qu’elle entretient avec le sculpteur Armand qui ravage tout sur son passage, cette attirance difficilement contrôlable pour Simon, en couple mais ouvert à l’admiration d’une autre, la séduction offre à Florence la décharge d’adrénaline nécessaire à la création, à l’acceptation du deuil, et lui permet d’oublier les sévices sexuels dont elle a souffert enfant.

« Dans sa main, j’ai senti ma vie se blottir.

Mon cœur s’ouvrir.

Ma sexualité s’épanouir.

Dans sa main, je suis tombée amoureuse.

Je me suis assise dans l’auto de location, figée par le coup au cœur que je venais de recevoir. »

En choisissant de parler de sujets tabous – la mort, l’inceste, la dépendance affective, la bipolarité –, Mara Tremblay fait preuve d’un courage qu’on ne peut que saluer. Néanmoins, en plongeant dans ce roman qui ne se veut pas autobiographique selon l’auteure, on a l’impression de parcourir un exercice de catharsis, écrit dans l’urgence, plutôt que de découvrir un véritable objet littéraire. On bute sur les répétitions inutiles, la narration décousue (qui, assumée dans sa non-linéarité, aurait pu devenir convaincante), la surenchère du pronom personnel je, l’essoufflement du propos. De façon paradoxale peut-être, ces réserves n’empêcheront vraisemblablement pas le lecteur de se reconnaître au détour d’une phrase percutante ou d’une réaction de la narratrice. Et si l’effervescence de la société dans laquelle nous vivons nous avait tous rendus bipolaires?

Bibliographie
Mon amoureux est une maison d’automne
Mara Tremblay
Éditions Les 400 coups, 2011
232 pages

Site de l’éditeur : http://www.editions400coups.com

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